Google va-t-il dévorer tous les livres ?

25 septembre 2009


Le projet Google Books prévoit la numérisation des plus grandes bibliothèques du monde. Le moteur de recherche américain a déjà numérisé 7 millions de livres et prévoit d’atteindre rapidement les 20 millions.

 

Le débat a été lancé en France après qu’un dirigeant de la Bibliothèque Nationale de France ait fait savoir qu’il envisageait de confier à Google la numérisation de son fond. La diffusion monopolistique du savoir  par le géant américain  ne rassure guère. Jean-Noël Jeanneney (ancien directeur de la BNF) affirme qu’il serait dangereux de laisser Google seul sur le marché. Il déclarait dans le Figaro “Le moteur de recherche Google est une réussite universelle et il rend bien des services. Mais lui confier, et à lui seul, qui vit du profit de la publicité, (…) la responsabilité du choix des livres, la maîtrise planétaire de leur forme numérisée, et la quasi-exclusivité de leur indexation sur la Toile, le tout étant au service, direct ou indirect, de ses seuls gains d’entreprise, voilà bien qui n’était pas supportable.” De nombreux intellectuels français en appellent à l’intervention des Etats censés être les garants du patrimoine culturel de l’humanité. David Monniaux, chargé de recherche au CNRS souligne l’absence de véritable politique de diffusion publique sur Internet. Autres réfractaires, les éditeurs, très préoccupés par le droit d’auteur. À juste titre puisque Google Books a déjà numérisé une partie de leurs ouvrages sans aucune autorisation. En face, de nombreux intellectuels se sont exprimés en faveur de la première librairie virtuelle. Arguant de la démocratisation du savoir, d’un accès libre et gratuit à la culture, Laurent Joffrin parle d’avancée inouïe. Google Books représenterait un enrichissement des ressources culturelles mises à disposition du plus grand nombre.

 

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C’est la rentrée : renoncez au Wou-Wei

11 septembre 2009

La rentrée est là. Il va falloir mettre un terme au Wou-wei, l’art de ne rien faire. Et ré ouvrir nos agenda griffonnés. Voici une douce (r)entrée en matière avec Roland Barthes.

“La constatation, menue mais souvent répétée, qu’il faut toujours lutter, dans la vie, pour les plus petites choses (les grands conflits, on ne parle que de ça) ; c’est fou le nombre de menus efforts imposés par la vie dans une journée des plus ordinaires : parquer l’auto, il faut lutter ; trouver une place au restaurant, il faut lutter ; sortir le portefeuille de la poche-revolver où il se bloque par ses coins, boutonner un bouton. Prenez l’envers (ou l’endroit) de ces luttes, vous aurez une civilisation idyllique – non plus héroïque ; soit absolument aristocratique, soit absolument « ascétique » : sans autos, sans boutons (des robes, rien que des robes), sans portefeuilles, sans poches, sans revolvers ! Une Civilisation du glissement ? où tout « glisserait » ? – Du même ordre, tel matin d’été à Paris, regardant les pages à venir de mon Agenda : aise, libération, jubilation, sentiment d’une vérité de vie, parce qu’elles sont rigoureusement vides :pas un rendez-vous, pas une tâche extérieure c’est le Wou-wei inespéré (cela dit : pour quoi faire ? Justement : pour rien).

Ce Wou-wei : absolument in-social ; c’est-à-dire qu’on ne peut le faire entendre, ou plus prosaïquement : il ne peut servir de raison, d’excuse ; une jambe cassée est valable pour refuser une invitation, pas le désir de Wou-wei. Dans mon village, cet été, une invitation à dîner : je suis piégé, car là, je n’ai aucune excuse à ma disposition, on sait que je ne suis pas « pris » par aucun rendez-vous. Je bafouille car je ne sais comment expliquer, sans blesser, qu’ici mon désir est d’être comme un tas, qui ne bouge pas : m’affaisser, m’étaler, et comme m’incruster, dans la maison ou dans la campagne ; être une essence d’inactivité, soustrait à cette chose terrifiante (selon cette Philosophie) : l’initiative (peur que j’ai des « êtres à initiatives »).

Ce sentiment a pris un soir une forme « romantique » (parce qu’il s’est lié à la « Nature ») : le soir du 14 juillet, après le dîner, tour en auto dans la campagne ; sur un chemin de hauteur, qui va seulement à une ferme (entre Urt et Bardos), nous arrêtons l’auto et nous descendons ; nous sommes entourés d’un paysage vallonné, vers l’Adour d’un côté, au loin, et de l’autre vers les Pyrénées ; l’air était absolument paisible, inerte même : pas un bruit, quelques fermes blanches et brunes piquées au loin, à la Basque (sans terrorisme !), une odeur de foin coupé. J’ai croisé les bras, et j’ai regardé. Mais ce n’était pas pour dire comme Rastignac devant Paris : « A nous deux ! » Je vivais au contraire une sorte depoint zéro du désir  ; tout en moi était aussi étale que le paysage : force, splendeur, vérité aussi souveraine que le Vouloir-Ecrire.

Moins « romantique », plus « conceptuel », parce que urbain : ce que j’appellerai « le fantasme du 15 août à Paris » : Journée Vide, Fête du Vide, de la Déshérence ; sommet de l’été social (non climatique) ; le lendemain, ça va redescendre (vers la grégarité) ; les rues désertes comme dans une guerre, le silence – et cette année, le gris, le pluvieux, les trottoirs vides d’autos (plus important que la baisse de la circulation) ; j’ai senti le 15 août comme la vraie charnière de deux années ; jour neutre, tampon, blanc, partage des eaux, cime déserte : Journée singulière de la Déshérence,Fête du Wou-wei .”

Roland Barthes, « La préparation du Roman », cours au Collège de France, séance du 15 décembre 1979, Editions du Seuil.

 

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« Lettre à Jacques, un ami géographe, sur la « sérendipité ».

11 septembre 2009

La sérendipité, ce sont les circonstances qui permettent de trouver quelque chose que l’on ne cherchait pas.

La sérendipidité est une notion qui m’intéresse d’abord parce qu’elle renvoie beaucoup à ma propre manière de « fonctionner ». Un grand nombre des projets intéressants que j’ai menés à bien sont ainsi nés de rencontres avec l’imprévu. Mais c’est aussi une notion qui peut aider à réfléchir à certaines dimensions de la nouvelle économie de l’information et de la communication. Par ailleurs, elle permet de réfléchir à ce qui fait la qualité d’une ville, et à ce qu’on peut appeler l’urbanité contemporaine. En effet, pour être attractives et performantes, les villes doivent offrir des conditions propices à la création ; il faut qu’elles soient capables de susciter de l’imprévu et de le rendre « utile ». Cela nécessite à la fois une grande diversité d’ensemble, et des lieux et des circonstances qui suscitent de la rencontre, de la confrontation, de l’échange, qui valorisent ce qui est différent. »

 

François Ascher, Examen Clinique, Journal d’un hypermoderne, Editions de l’Aube.

 

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Humour de linguistes

9 septembre 2009

« Il y a quelques décennies, à New York, J.L.Austin, philosophe, donnait une conférence devant un large public composé de confrères. Dans son discours, qui traitait de la philosophie du langage, il aborda la question éternellement fascinante de la double négation. « Dans certaines langues », constata-t-il avec son accent incisif d’Oxford, « une double négation équivaut à une affirmation. Dans d’autres, une double négation renforce la négation. Pourtant, bizarrement, je ne connais aucune langue où une double affirmation revienne à une négation. » Et soudain, Morgenbesser, du fond de la salle, avec son accent de Brooklyn tout en rondeurs : « Ouais, ouais. »

Courrier International, supplément du 1er au 19 août  2009, p.5

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Et cela repart…

14 avril 2008

Notre blog était dans une phase de sommeil mais cela repart. Des notes à vif, des livres à lire, des traversées d’idées, des raisons d’espérer. A bientôt sur le net.

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“La patate : Parmentier, père du marketing ?”

7 mai 2007

“Ayant renoué, pour des raisons professionnelles, avec l’histoire de la pomme de terre, il m’est revenu de lire le stratagème utilisé par Antoine Parmentier pour inciter la population à consommer des pommes de terre. Il réussit à obtenir l’appui des autorités pour faire monter une garde (légère !) autour d’un champ de pommes de terre, donnant ainsi l’impression aux riverains qu’il s’agit d’une culture rare et chère, destinée au seul usage des nobles. Certains volent des tubercules, les cuisinent et les apprécient. Le roi Louis XVI le félicite en ces termes : “La France vous remercierai un jour d’avoir inventé le pain des pauvres.”"
D.

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Le mystère des visuels illisibles

5 avril 2007

“La pratique mondialement admise est que les visuels ne sont jamais distribués avant. Pourquoi ? Afin que les auditeurs ne les lisent pas pendant l’exposé. (…) Au cours de ma vie professionnelle, j’ai rencontré une exception remarquable. Dans un séminaire, l’intervenant débuta son exposé en expliquant longuement que, contrairement à l’habitude, il nous remettait la copie des transparents avant le début de la séance de travail, car il ne craignait pas que ceux-ci soient lus, puisqu’il les avait conçus pour cela. Le fait qu’il ait pris la peine de justifier son choix en dit long sur l’étendue de l’usage contraire.” Ces propos datent de 2002, date de parution de l’ouvrage de Christian Morel, “Les décisions absurdes” (Folio/Essais). L’usage “contraire” qu’évoque l’auteur est toujours d’actualité. Circonstances aggravantes, on voit encore ici ou là des visuels comportant des textes rédigés en police 12 (indéchiffrables à 2,5 m) en noir sur des fonds bleu nuit…
D.

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Journée des femmes

8 mars 2007

Pour la journée des femmes un site à visiter : www.mouvements.asso.fr. Quand elles mettent leurs grains de sel…

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Pastiches et savoureux mélanges

7 mars 2007

Dans « la soupe de Kafka », Mark Crick nous propose des recettes de cuisine qui pastichent les grands écrivains : « Moules marinières » d’Italo Calvino, « Clafoutis aux cerises » de Virginia Woolf, « poussins farçis » du Marquis de Sade. Savoureux (éditions Flammarion).
Cela nous invite à lancer un concours de pastiches sur le thème : « les séminaires à la manière de » qui s’ajoute au projet du séminaire en chansons que connaissent déjà certains d’entre vous.
Pourquoi pas « la Gestion de projet » à la manière de Pérec ou « le Développement personnel » à la manière de Montaigne ? Alors à vos plumes pour des programmes bien tournés…
A.

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Le nouveau Pierre Bayard est arrivé !

5 février 2007

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?
aux Editions de Minuit.
Nous ne l’avons pas encore lu… En tête du box-office des essais les plus vendus… mais peut-être pas les plus lus.
Que ne dépense-t-on comme énergie et stratégie pour faire illusion ?

On vous conseille quand même cette matière à réflexion : “Où l’on pose avec Montaigne, la question de savoir si un livre qu’on a lu et complètement oublié, et dont on a même oublié qu’on l’a lu, est encore un livre qu’on a lu.”
De la lecture comme perte…à vous de jouer

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